À l'écoute du sculpteur :
Le courage ou la domination de soi, d'après interview de J.-J. Chaux et J.-F. Sans (1988).
— sculpteur —
1898 : René Letourneur naît le 26 novembre, à Paris. Fils de Béatrice et de Louis Letourneur, travaillant dans une entreprise de machines à bois.
1912 : Études secondaires au lycée Charlemagne et cours du soir de dessin à l'école Bernard-Palissy. Reçu 2e au concours général de dessin de la ville de Paris en 1913.
1916 : Admis en janvier à l'école des Beaux-Arts de Paris dans l'atelier du sculpteur toulousain Antonin Mercié.
1917 : Engagé volontaire. En décembre, bien que sous les drapeaux, intègre l'atelier de Jean Boucher. En mars, fait ses classes à Chartres.
À l'écoute du sculpteur :
Le courage ou la domination de soi, d'après interview de J.-J. Chaux et J.-F. Sans (1988).
1918 : Blessé et gazé à l'ypérite le 15 août, il est condamné par les médecins. Citation à l'ordre du régiment, croix de guerre.
1921 : Admis en mai à l'école des Beaux-Arts dans l'atelier de Jean Boucher, il y fait la connaissance de Jacques Zwobada. Ces mêmes années, 20, 21, il suit assidûment les réunions du groupe Esprit. Obtient le premier prix Chenavard.
1921-1926 : Bustes et médaillons de parents et amis, nombreuses esquisses. Travaille pour le sculpteur Gaumont. Habite chez ses parents, au 16, place des Vosges, disposant d'un atelier au 14.
1924 : Médaille de bronze au Salon des artistes français pour un groupe : Première étreinte.
1925 : "Petite fille aux tortues" pour l'Exposition universelle de 1925, musée de Saint-Quentin. Médaille d'or de l'Exposition des Arts décoratifs industriels et modernes, pour une série de quatre bas-reliefs : La Ronde des Muses, destinés à décorer le salon d'honneur de l'école des Beaux-Arts. Réalise le masque mortuaire du musicien André Caplet.
1925-1926 : En juillet 1926, obtient dès sa première montée en loge, le premier grand prix de Rome de sculpture, sur le thème : "Judith rentrant à Béthulie après avoir tranché la tête d'Holoferne, tire la tête de son sac et la montre à la foule". Le 9 novembre, il épouse Jeanne Guédon avant son départ pour la Villa Médicis en décembre. Il y séjournera jusqu'en 1930. Première œuvre monumentale, un Christ de 5,5 m de hauteur en grès des Vosges, sur la façade de l'église de Sailly-Saillisel (Somme), architecte Jacquet. Outre ses envois de Rome, il exécute, en marbre, la copie d'une tête de pape trouvée au cours de fouilles dans les latrines du château Saint-Ange.
À l'écoute du sculpteur :
Court de tennis à la Villa Médicis, d'après interview de J.-J. Chaux et J.-F. Sans (1988).
1926-1927 : D'un bas-relief, Léda, en marbre de Milan, il reste le torse de 1,06 m de hauteur sauvé et fixé par l'architecte André Leconte sur la cheminée de la maison de Fontenay-aux-Roses en 1934. En effet, insatisfait de ses œuvres de jeunesse, René les détruira presque toutes avant 1935.
1928 : Il exécute plusieurs têtes dont celle de son condisciple l'architecte Jean-Baptiste Hourlier, et le buste de sa mère en marbre de Milan. Rencontre Antonia Fiermonte à la Villa Médicis.
À l'écoute du sculpteur :
Le prix de Rome, une chose merveilleuse (France Culture, août 1985).
1928 : À Rome, il exécute en marbre de Milan un bas-relief, La Nuit.
1929 : L'État lui commande la copie du grand buste du pape Farnèse Paul III en marbre polychrome, toujours conservé au Palais Farnèse à Rome. En décembre, il obtient, avec son ami Jacques Zwobada, le premier prix du concours pour l'érection en Équateur, à Quito, d'un monument à Simon Bolivar, jury présidé par Maillol.
Vers 1930 : Voyage dans toute l'Europe, avec son ami d'enfance l'architecte Eugène Beaudouin.
1932 : Divorce de Jeanne Guédon.
1933 : Épouse Antonia en février. Travaille la pierre en taille directe. La préfecture du Lot lui commande un buste de Gambetta en marbre, qui reçoit une critique élogieuse.
1933-1934 : Une fois le monument érigé à Quito, René Letourneur reprend ses travaux commandés par les architectes Horn, Hourlier, Laborie, Leconte, Maistrasse : bas-reliefs en pierre (taille directe), et en ciment pierre.
1934 : Naissance de sa fille Anne. Construction de la maison de Fontenay-aux-Roses avec l'architecte André Leconte. Haut-relief en ciment-pierre, porte d'Ivry à Paris, architecte Crevel. La réalisation du monument à Simon Bolivar nécessitant trois années, ils construisirent un immense atelier à proximité immédiate duquel Jacques achète sa maison tandis que René bâtit la sienne sur des terrains mitoyens. Ce voisinage déterminera leurs destins.
1935 : Bas-relief Le Tabac en travertin romain, angle quai d'Orsay-rue Nicot, architecte Leconte. Deux importants bas-reliefs et trois masques, en pierre de Chauvigny, pour la façade du théâtre de Suresnes (actuel théâtre Jean-Vilar), architecte Maistrasse.
1936 : Petite tête d'Anne bébé, en marbre.
1937 : Travaille pour l'Exposition internationale : une figure en plâtre La Tapisserie moderne, actuellement au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan.
1938 : Travaux de décoration de la place de la Concorde pour la visite officielle des souverains britanniques, architecte Eugène Beaudouin.
1939 : Commande d'un monument à Jean Jaurès en pierre pour la salle des États à Albi, architecte André Laborie. René Letourneur est mobilisé avec le grade de capitaine. Rencontre Louis Aragon, médecin à son régiment, et Jean Rosenthal, avec un béret photo de droite.
1940 : Démobilisé, il s'engage activement dans la Résistance avec sa femme Antonia. Ils abritent de nombreux clandestins.
1943 : Professeur de dessin au lycée Jean-Baptiste Say à Paris, expose au Salon des Tuileries.
1940-1943 : Amitiés littéraires, notamment avec René Barjavel, écrit une vingtaine d'articles dans le journal Panorama, en particulier sur les rapports de la sculpture et de l'architecture. Pour subvenir à ses besoins, il monte avec Antonia dans la maison de Fontenay un atelier de tissage, qui fonctionnera jusqu'en 1946. En juillet 1944, René Letourneur et son ami Lucien Meunier fondent la Société des Éditions Panorama dont René Letourneur sera le gérant jusqu'en août 1944. Ils créent un hebdomadaire, Les Arts et les Lettres, avec la collaboration du critique Maurice Malingue. René Letourneur publie La Sculpture française contemporaine, les Documents d'Art, Monaco, en avril 1944.
1944-1947 : Letourneur commence à travailler le marbre qu'il ne cessera de privilégier pour son œuvre personnelle.
1946 : Pierre Lazareff le nomme administrateur à Paris-Soir.
1948 : Le divorce d'avec Antonia est prononcé le 12 janvier. En octobre, Antonia épouse Jacques Zwobada.
Années 50 : Il expose régulièrement au Salon d'Automne. Nommé secrétaire général du Syndicat national des sculpteurs statuaires professionnels créateurs, créé par le sculpteur Rispal il s'investit entièrement dans la cause de la corporation. Écrit à Aristote Onassis pour lui demander de s'intéresser à la réouverture des carrières de marbre grec.
1952 : Épouse Isabelle Gondet le 6 décembre.
1953 : À partir de cette année et jusqu'en 1971, René Letourneur travaille régulièrement pour le 1% et les Travaux publics. Il réalise pour lui-même dessins, pierres gravées, et une dizaine de pierres et marbres.
1953-1954 : Monument aux morts de la ville d'Alençon.
1954 : Naissance de son fils Jean le 2 juin.
1955 : Statue de Notre-Dame de Victoire, de pierre d'Euville sur la façade de l'église Saint-Louis à Lorient. Bas-relief, Le Pur-sang en pierre taille directe, pour le haras de Guy de Rothschild à Pont-l'Evêque, Calvados.
1956 : Réalise trois fresques en cimentolithe dont une sur le mur extérieur de l'atelier de Fontenay-aux-Roses.
1957 : Achèvement de la maison de Fontenay-aux-Roses.
1961 : Voyage en Grèce avec ses amis de l'association Rome-Athènes, anciens élèves de l'École française d'Athènes, de l'Ecole française de Rome et pensionnaires de la Villa Médicis. Fait le buste de S. M. le roi Mohammed V en bronze patiné à la feuille d'or.
1962 : Prend la succession de Jacques Zwobada au poste d'enseignant du dessin à l'école normale supérieure de l'enseignement technique (ENSET), où il restera jusqu'en 1982.
1962-1964 : Deux figures monumentales allongées en travertin romain, La Seine et l'Oise, pour orner le nouveau pont du Pecq (pont Georges Pompidou); architecte Jean-Baptiste Hourlier.
1964 : Participe à l'organisation de l'exposition «Décor de la route», organisée par la Fédération de l'art monumental et qui se tient dans des locaux du Gaz de France.
1965 : Interview dans le cadre de l'émission «Rencontre » sur la première chaîne de télévision: «Les jeunes et la sculpture». Lettre à André Malraux, ministre de la Culture, cosignée par les premiers prix de Rome de sculpture, demandant à ce que leur titre leur permette d'entrer systématiquement en lice pour l'obtention des commandes liées au 1%.
1967 : Mort de Jacques Zwobada le 6 septembre.
1968 : Le peintre Jean Dubuffet loue l'un de ses ateliers de Fontenay et entreprend avec lui une correspondance amicale jusqu'en 1982. Alix de Rothschild à qui il avait donné des leçons de dessin l'incite à postuler pour la direction de la Villa Médicis. André Malraux nomme Balthus. René Letourneur réunit alors tous ses condisciples et se lance dans un nouveau combat pour la défense du prix de Rome, supprimé par Malraux.
1969 : Réalise l'Orphée du lycée de Livry-Gargan, architecte Catelain.
1970-1971 : Met la dernière main à une composition de Jacques Zwobada: Les Lutteurs, pour Salons-de-Provence, marbre, laissée inachevée à la disparition de ce dernier.
1971 : Dernière commande publique : haut-relief en pierre pour le groupe scolaire Jean-Jaurès à Poissy ; architectes Sogorb et Poulain.
À l'écoute du sculpteur :
Travailler exclusivement pour moi, d'après interview de J.-J. Chaux et J.-F. Sans (1988).
1972 : À l'occasion du salon de Montrouge, la ville achète sa première « sculpture bloquée » en marbre, introuvable à ce jour. Jean commence à suivre attentivement le travail de son père, à le photographier, à l'aider un peu. René parle beaucoup et Jean prend des notes. René travaille alors uniquement le marbre et surtout le marbre grec, disponible à partir de cette année. Il expose davantage.
1975 : Médaille de bronze de la Jeunesse et des Sports. Jean devient le praticien de René et assumera cette fonction jusqu'en 1983.
1977 : Il est fait chevalier des Palmes académiques.
1982 : Cesse son activité à l'Enset.
1985 : Interview pour l'émission « La der des der (1914-1918) » sur France Culture, produite par Georges Metra et réalisée par Jeanne Rollin-Weisz.
1986 : Réalisation à l'atelier du film de Jean-Jacques Chaux et Jean-François Sans : « René Letourneur, sculpteur ». C'est lors du tournage que René Letourneur reprend ses outils et sculpte pour la dernière fois.
1988 : Isabelle Dillmann lui consacre un article dans la revue Décoration internationale : « René Letourneur, le don d'affection ». René Letourneur cesse de travailler.
1990 : René Letourneur meurt le 16 novembre. Il est inhumé dans le cimetière de Fontenay-aux-Roses.